Feux connectés : l’affaire Khamenei valide la méfiance de l’Algérie
Le cas Khamenei met en lumière la vigilance sécuritaire d’Alger face aux technologies connectées © Unsplash - Algérie Zoom
On présente souvent les infrastructures urbaines connectées comme des outils neutres, destinés à améliorer la circulation et la gestion des villes. Les événements récents en Iran montrent qu’elles peuvent aussi devenir des vecteurs de vulnérabilité. Bien avant les révélations sur l’élimination de Khamenei, l’Algérie avait suspendu un projet similaire à Alger, précisément pour des raisons liées à la sécurité.
Deux contextes différents. Un même type d’outil. Et des choix qui, avec le recul, prennent une autre dimension.
Piratage des systèmes de circulation à Téhéran : ce que révèlent les faits
Selon des informations publiées par le Financial Times, les services de renseignement israéliens ont exploité, sur une longue période, les caméras intégrées au système de circulation de Téhéran. Ces dispositifs, installés aux carrefours et sur certains axes routiers, permettaient initialement la régulation du trafic.
Les données visuelles collectées ont été utilisées pour suivre les déplacements de responsables iraniens de haut niveau, dont le guide de la Révolution, Ali Khamenei. Les habitudes de déplacement, les itinéraires récurrents et les points d’arrêt ont ainsi été reconstitués avec précision.
Le journal britannique indique un transfert des informations vers des serveurs situés hors d’Iran, puis traitées par des systèmes d’analyse avancés, attribués au Mossad. Certaines caméras, placées à proximité de sites sensibles, ont joué un rôle central dans ce dispositif de surveillance indirecte.
L’élément déterminant ne concerne pas la présence de caméras en soi, mais leur connexion à un réseau centralisé, susceptible de faire l’objet d’infiltration sans intervention physique visible.
À Alger, un projet interrompu pour des raisons sécuritaires
En Algérie, il y a eu en 2027 le lancement d’un projet de modernisation du trafic à Alger. Il prévoit l’installation de 500 feux tricolores connectés, gérés à distance, sur les principaux carrefours de la capitale. Le budget annoncé s’élève à 15 milliards de dinars. Les autorités ont confiaient la réalisation à la société Mobeal.
Sur le plan technique, ces feux de nouvelle génération reposent sur l’utilisation de caméras de surveillance, nécessaires à l’analyse en temps réel du flux automobile. Toutefois, l’avancement du projet reste limité. En janvier 2021, on avait équipé 22 carrefours seulement.
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Devant l’Assemblée populaire nationale, le ministre des Travaux publics de l’époque, Farouk Chiali, explique les raisons de ce ralentissement. Parmi elles figure le refus des autorités compétentes d’autoriser l’usage des caméras de surveillance intégrées aux feux tricolores.
Le motif de ce refus portait des considérations de sécurité nationale. Les services concernés estiment que la généralisation de centaines de caméras connectées, réparties sur l’ensemble de la capitale, pourrait exposer les déplacements de responsables et créer un risque en cas de piratage du système.
Une anticipation sans précédent à l’époque
Au moment de la suspension du projet en Algérie, aucun cas international largement documenté à l’image de celui relatif à Khamenei ne venait étayer ce type de crainte. Il ne s’agissait pas d’une réaction à un événement précis, mais d’une évaluation préventive des risques liés à la centralisation et à la connectivité des données visuelles.
L’exemple iranien apporte aujourd’hui un éclairage concret sur ce type de scénario. Il montre comment des équipements urbains civils peuvent servir à des fins de renseignement, sans modification visible de leur usage quotidien.
La comparaison met en évidence deux approches différentes face à une même technologie. L’Iran a déployé et exploité les systèmes sans neutralisation en amont du risque d’infiltration. En Algérie, le projet a été freiné précisément à ce stade, malgré les objectifs initiaux d’amélioration du trafic.
Sans interprétation politique ni jugement a posteriori, les faits soulignent un point central : la gestion des infrastructures connectées ne relève pas uniquement de l’ingénierie urbaine, mais aussi de choix sécuritaires de long terme.
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À la lumière des développements récents en lien avec le guide suprême iranien Khamenei, la décision de l’Algérie remontant à 2017 apparaît ainsi comme une mesure de précaution, prise avant que ce type de menace ne se concrétise ailleurs et ne devienne publiquement documenté.
