Micro-importation en Algérie : les auto-entrepreneurs se plaignent
Plusieurs auto‑entrepreneurs engagés dans la micro‑importation signalent des difficultés de dédouanement malgré le décret 25‑170 © DGI
Un vent de mécontentement souffle depuis plusieurs semaines parmi les auto‑entrepreneurs algériens engagés dans le système de micro-importation. Ceux qu’on appelle communément « les marchands du cabas » affirment se heurter à des obstacles administratifs qui, selon eux, contredisent l’esprit même du décret exécutif 25‑170 adopté en juillet 2025.
Des cargaisons acheminées dans le cadre de la micro-importation en Algérie restent immobilisées dans les zones de fret aérien et maritime. Motif avancé par les directions régionales de la DGI : l’impossibilité technique de dédouaner ces biens ailleurs que dans les bureaux réservés aux voyageurs, rapporte El Khabar. Une interprétation jugée « hors‑texte » par les concernés, qui rappellent que le décret parle explicitement de « marchandises importées à l’arrivée sur le territoire douanier », formulation censée couvrir l’ensemble des points d’entrée.
Résultat : des frais de stockage qui s’accumulent, des délais qui s’allongent, et une activité commerciale fragilisée. Plusieurs auto‑entrepreneurs disent avoir perdu des clients faute de pouvoir livrer dans les temps.
Une contradiction avec l’objectif du décret
Le paradoxe est flagrant. Le dispositif avait été conçu pour encadrer une pratique informelle : des particuliers qui, faute de cadre légal, dissimulaient leurs marchandises dans des valises personnelles. Aujourd’hui, les mêmes pratiques semblent imposées aux auto‑entrepreneurs pourtant devenus importateurs officiels, payant droits de douane, impôts et assurances. « On nous demande de transporter des biens commerciaux comme des bagages, alors que les compagnies aériennes interdisent ce procédé », résume un plaignant au média cité plus haut.
Des députés alertent le gouvernement
Face à la multiplication des blocages, certains élus de l’Assemblée populaire nationale (APN) ont saisi le Premier ministre, selon la même source. Dans leurs correspondances, ils évoquent plusieurs points sensibles :
- la privation d’accès au territoire douanier des marchandises,
- les difficultés liées aux transferts bancaires en devises,
- l’ambiguïté persistante autour de la liste des produits autorisés.
Autant de zones grises qui alimentent les divergences d’interprétation lors du dédouanement.
La réponse officielle des douanes
La Direction de la législation et des systèmes douaniers a tranché dans une note adressée à un auto‑entrepreneur : le dédouanement des biens issus de la micro-importation « s’effectue exclusivement dans les bureaux des voyageurs ». L’administration s’appuie sur l’article 2 du décret 25‑170 et sur une instruction ministérielle conjointe datée du 27 août 2025. Selon ce texte, l’activité concerne « les opérations réalisées individuellement par des personnes physiques lors de leurs déplacements à l’étranger en vue d’importer pour la revente en l’état ».
Micro-importation : les revendications des auto‑entrepreneurs
Les plaignants réclament une mise en conformité :
- ouverture des programmes de dédouanement dans les zones de fret,
- application du décret sur l’ensemble du territoire douanier,
- interdiction des interprétations restrictives qui transforment une activité commerciale légale en transport personnel.
Ils insistent : leur statut d’auto‑entrepreneur les place désormais dans une logique officielle, avec obligations fiscales et sociales. « Nous ne sommes plus des voyageurs occasionnels, mais des acteurs économiques », martèle l’un d’eux au quotidien arabophone.
