Banane : l’Algérie prépare un virage agricole majeur
Un projet national de culture de la banane pour renforcer la souveraineté alimentaire et réduire les importations © Unsplash - Algérie Zoom
L’idée peut surprendre. Et pourtant, elle avance. L’Algérie veut produire la banane en masse sur son propre sol, avec un programme qui mêle recherche scientifique, investissements agricoles et mobilisation de terres.
Mercredi 11 mars, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Yacine Walid, et son homologue de l’Enseignement supérieur, Kamel Baddari, ont réuni chercheurs, responsables d’entreprises publiques et institutions de financement pour examiner un projet présenté comme stratégique : développer une filière nationale de production de plants de bananiers.
L’objectif consiste alors à réduire la dépendance aux importations et encourager une production locale capable de répondre à une partie de la demande nationale. Aujourd’hui encore, la banane vendue sur les étals en Algérie provient presque entièrement de l’étranger.
Banane en Algérie : une unité de production de plants à grande échelle
Au cœur du projet, un dispositif technique encore peu visible du grand public : la culture in vitro, une méthode utilisée en biotechnologie pour multiplier rapidement des plants à partir de matériel végétal sélectionné.
Selon un communiqué officiel du ministère de l’Agriculture, le Centre de recherche en biotechnologie de Constantine devrait jouer un rôle central dans cette phase. L’institut scientifique travaillera avec l’Entreprise de développement des cultures stratégiques pour installer une unité spécialisée capable de produire jusqu’à 10 millions de plants de bananiers par an.
Ces plants seront destinés aux exploitations agricoles qui souhaiteront se lancer dans cette culture. La production de bananes existe déjà en Algérie, mais elle reste très limitée et dispersée, souvent sous forme d’initiatives agricoles ponctuelles, notamment sous serre dans certaines régions du littoral.
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Le projet vise donc à passer d’expériences locales isolées à une véritable filière structurée, capable de produire à plus grande échelle.
Les anciennes fermes pilotes situées dans l’Est du pays devraient servir de base pour les premières unités de production. À terme, la plateforme ne se limitera pas au bananier : d’autres plants agricoles pourraient également être multipliés grâce à cette technologie.
4 700 hectares mobilisés pour les agriculteurs
Mais produire des plants ne suffit pas. Encore faut-il des terres.
Le ministère de l’Agriculture prévoit ainsi de mettre à disposition plus de 4 700 hectares de terres agricoles en Algérie pour les exploitants intéressés par la culture de la banane. Les parcelles concernées se situent dans des zones considérées comme adaptées aux exigences du bananier.
Sur le terrain, les agriculteurs seront appelés à investir progressivement dans cette filière. L’enjeu est clair : remplacer une partie des importations par une production nationale.
Aujourd’hui, la facture d’achat de bananes à l’étranger avoisine 300 millions de dollars par an, selon les données présentées lors de la réunion. Un montant conséquent pour un fruit devenu très courant dans la consommation quotidienne.
Recherche et agriculture : une coopération renforcée
La rencontre ministérielle ne s’est pas limitée à la question du bananier. Les participants ont également examiné un autre projet agricole, cette fois centré sur la production de semences hybrides, notamment pour le maïs grain et certaines cultures maraîchères.
Dans ce domaine, les travaux menés par l’Université Ibn Khaldoun de Tiaret serviront de base scientifique à la création d’une nouvelle entreprise dédiée à la production de semences adaptées aux conditions climatiques algériennes.
Pour les autorités, ces initiatives s’inscrivent dans une même logique : rapprocher les laboratoires de recherche et les acteurs économiques afin de transformer les résultats scientifiques en production agricole concrète.
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À l’issue de la réunion, les deux ministres ont demandé la mise en place de groupes techniques chargés de passer à l’étape suivante : préparer les textes réglementaires nécessaires et lancer les premières actions sur le terrain.
Un travail qui peut se révéler décisif. Car derrière ce projet de banane cultivée en Algérie se dessine une ambition plus large : renforcer les capacités agricoles nationales et réduire progressivement la dépendance aux importations alimentaires. Un chantier qui, pour l’instant, ne fait que commencer.
