Gaz algérien : envolée des exportations depuis la guerre en Iran
Les exportations de gaz algérien bondissent de 74 % en mars, profitant des tensions régionales © Pexels - Algérie Zoom
Depuis la fin février, quelque chose a bougé sur le marché du gaz. Pas seulement sur les écrans des traders. Sur le terrain aussi, dans les ports, dans les terminaux, dans les calendriers de chargement. La montée des tensions au Moyen-Orient — et surtout le blocage du détroit d’Hormuz — a rebattu les cartes. Dans ce contexte instable, le gaz naturel liquéfié (GNL) algérien a rapidement trouvé preneur.
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Une hausse rapide portée par la crise
En l’espace de deux semaines, les exportations algériennes de GNL ont franchi un cap. Plus de 462 000 tonnes expédiées au début du mois de mars, contre 265 000 sur la même période en février. Une progression de 74 %, nette, sans ambiguïté, selon Attaqa.
Le mouvement s’est même accéléré d’une semaine à l’autre. Début mars, les volumes tournaient autour de 201 000 tonnes. Une semaine plus tard, ils dépassaient 260 000 tonnes. Une hausse de près de 30 % en quelques jours.
Difficile de ne pas y voir un effet direct des tensions régionales.
Car pendant que certains flux énergétiques se retrouvent bloqués ou ralentis dans le Golfe, l’Algérie reste accessible. Sa position en Méditerranée joue pleinement. Les routes maritimes sont plus courtes, moins exposées. Résultat : les cargaisons partent, et elles arrivent.
Dans les milieux énergétiques, on parle d’un ajustement rapide, presque mécanique. Les acheteurs européens, en particulier, cherchent des alternatives fiables. Et ils les trouvent.
Ventes de gaz algérien : l’Europe en première ligne
Sur les quais, les destinations du gaz algérien ont changé de rythme. La France, d’abord. Les volumes livrés ont bondi en une semaine, passant d’environ 65 000 tonnes à plus de 100 000. Un saut notable.
La Turquie, elle, reste constante. Les flux se maintiennent, avec une légère progression. L’Espagne, de son côté, a repris ses importations après plusieurs mois d’interruption. Une seule cargaison, certes, mais symbolique.
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Et puis il y a de nouveaux signaux. La Croatie, par exemple, a réceptionné une cargaison en mars. Une première depuis l’été dernier. Rien d’anodin.
En clair, la carte des clients s’élargit. Et surtout, elle se consolide en Europe, où la demande reste sous tension.
Dans ce contexte, les opérateurs algériens semblent jouer sur deux tableaux : répondre à l’urgence des marchés proches tout en gardant un œil sur les opportunités ailleurs, notamment dans certains pays arabes importateurs.
Une fenêtre à exploiter, mais sous conditions
Cette dynamique intervient après un début d’année plus hésitant. En janvier, les exportations étaient tombées à un niveau relativement bas. Février a marqué un redressement, sans retrouver les standards habituels.
Mars, lui, change la donne.
Les projections tablent sur un retour à des niveaux mensuels proches de la normale, autour du million de tonnes. La crise agit ici comme un accélérateur, pas comme une solution durable.
Car derrière cette embellie, une réalité persiste : le marché du GNL reste instable. Les tensions géopolitiques se succèdent — Ukraine hier, Iran aujourd’hui — et imposent des ajustements permanents.
Dans ce contexte, la question des infrastructures revient au premier plan. Modernisation des installations, optimisation des capacités, gestion des flux… autant de chantiers évoqués en interne.
Sur place, certains observateurs le disent sans détour : il ne suffit plus de produire. Il faut être prêt, vite, au bon moment.
Le pétrole en retrait, mais des signaux contrastés
À côté du gaz, le pétrole suit une trajectoire différente. Début mars, les exportations de brut ont reculé, avec une moyenne autour de 270 000 barils par jour, contre 350 000 en février.
Une baisse nette. Mais pas uniforme.
Car en deuxième semaine, les volumes repartent à la hausse, dépassant les 330 000 barils par jour. Là encore, un ajustement en cours. Les destinations évoluent, les flux se redéploient.
Rien de figé.
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Au final, le contraste est frappant. Le gaz avance, le pétrole ajuste. Deux rythmes, deux logiques, mais un même contexte : un marché mondial sous pression.
Et dans ce paysage mouvant, l’Algérie semble, pour l’instant, tirer son épingle du jeu. Jusqu’à quand ? La question reste ouverte.
