Crise de l’hélium : l’Algérie appelée à remplacer le Qatar

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Hélium Algérie

Face à l’arrêt du Qatar, l’Algérie devient un fournisseur stratégique d’hélium pour l’Europe © Unsplash - Algérie Zoom

Le marché mondial de l’hélium traverse une phase d’incertitude et les regards se tournent vers l’Algérie. Depuis plusieurs jours, les acteurs du secteur suivent de près la situation au Qatar, l’un des principaux producteurs de cette ressource stratégique.

Une décision récente de la compagnie énergétique qatarie a provoqué un choc réel dans la chaîne d’approvisionnement. Derrière ce gaz rare — utilisé dans l’imagerie médicale, l’électronique ou encore l’aéronautique — se joue un équilibre industriel fragile. Et dans ce contexte tendu, un nom revient régulièrement dans les discussions : l’Algérie.

La plateforme spécialisée Attaqa souligne en effet que plusieurs acteurs du secteur regardent désormais vers ce pays pour compenser une partie du manque susceptible de toucher les marchés internationaux.

Le Qatar au cœur des tensions sur l’offre mondiale

L’alerte est venue début mars. Le groupe QatarEnergy a annoncé la suspension de certaines opérations liées au gaz naturel liquéfié dans ses complexes industriels de Ras Laffan et Mesaieed. Cette décision intervient après des attaques de drones ayant touché les installations énergétiques.

Dans la foulée, l’entreprise a déclaré un cas de force majeure auprès de plusieurs acheteurs. Les flux commerciaux pourraient donc rester perturbés pendant un certain temps.

Selon des informations relayées par Attaqa, les conséquences pourraient dépasser le seul marché du gaz naturel. L’hélium, extrait lors du traitement du gaz, dépend directement de ces infrastructures.

Et c’est là que la situation se complique.

D’après plusieurs spécialistes du secteur, un retour à la normale ne se ferait pas immédiatement. Le redémarrage complet des installations pourrait prendre plusieurs semaines. Ensuite, il faudra encore du temps pour que les chaînes logistiques retrouvent leur rythme.

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Phil Kornbluth, président du cabinet Kornbluth Helium Consulting, estime qu’un rétablissement des flux pourrait nécessiter au moins trois mois, auxquels pourraient s’ajouter des semaines supplémentaires pour absorber les perturbations logistiques.

Résultat immédiat : les prix du marché spot commencent déjà à grimper et certains fournisseurs appliquent des surcharges.

Une logistique fragile autour des conteneurs

Au-delà de la production elle-même, la crise touche aussi le transport. L’hélium circule dans des conteneurs ISO spécialisés, dont une part importante est habituellement remplie au Qatar.

Richard Brock, dirigeant de la société Garrison Ventures, a d’ailleurs encouragé ses clients à multiplier leurs sources d’approvisionnement.

Le problème est simple. Près d’un tiers des volumes mondiaux dépend de conteneurs chargés au Qatar. Si ces flux ralentissent, toute la chaîne logistique peut se retrouver sous tension.

Les routes alternatives ne sont pas évidentes non plus. Certaines tentatives de réacheminement par voie terrestre existent, mais elles restent compliquées, notamment en raison des contraintes de transport autour du détroit d’Ormuz.

Autrement dit, même avec des stocks relativement élevés avant la crise, l’incertitude s’installe progressivement dans le secteur.

Hélium : l’Algérie, un fournisseur de plus en plus stratégique

Dans ce paysage chahuté, l’Algérie apparaît comme une option crédible pour sécuriser les approvisionnements, en particulier vers l’Europe.

Le pays dispose d’infrastructures capables de produire environ 50 millions de mètres cubes d’hélium par an. Cette capacité le place parmi les grands acteurs du marché international.

L’hélium algérien provient principalement du traitement du gaz naturel extrait du gigantesque gisement de Hassi R’Mel, l’un des plus importants au monde. Lors de la liquéfaction du gaz, ce gaz rare est récupéré puis purifié.

Les chiffres mondiaux donnent une idée du poids du pays dans ce secteur.

En 2024, les réserves d’hélium étaient estimées à 8,2 milliards de mètres cubes en Algérie, ce qui place le pays derrière les États-Unis (20,6 milliards) et le Qatar (10,1 milliards), mais devant plusieurs producteurs émergents.

Du côté de la production annuelle, l’Algérie se situe également dans le peloton de tête avec 11 millions de mètres cubes produits en 2024. À titre de comparaison, les États-Unis ont produit 81 millions de mètres cubes cette année-là, contre 64 millions pour le Qatar.

Ces volumes restent inférieurs à ceux des deux leaders, mais ils offrent une marge intéressante dans une période où le marché cherche des alternatives.

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Les industriels européens suivent donc la situation de près. Si les perturbations au Qatar se prolongent, l’Algérie pourrait jouer un rôle stabilisateur dans l’approvisionnement du continent, en apportant une partie des volumes nécessaires.

Pour l’instant, les marchés restent prudents. Mais une chose semble claire : dans le secteur discret — mais essentiel — de l’hélium, les équilibres peuvent évoluer rapidement. Et lorsque l’un des grands producteurs ralentit, d’autres fournisseurs se retrouvent soudain sous les projecteurs.

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