Sétif : Aïn El Fouara vandalisée pour la 4e fois
Aïn El Fouara vandalisée à Sétif, un homme interpellé relance le débat sur sa protection - Algérie Zoom
À Sétif, le réveil a été brutal. Une fois encore, la fontaine de Aïn El Fouara a été prise pour cible. Tôt ce matin du 24 février 2026, les services de la 1re Sûreté urbaine sont intervenus sur les lieux et ont interpellé un individu, après un nouvel acte de dégradation visant le monument le plus emblématique du centre-ville, indique la radio régionale.
Cette fois, c’est le bras de la statue en marbre qui a été endommagé. Les circonstances exactes de l’incident restent à éclaircir. On ne dispose pas encore des détails de l’incident, qui seraient communiqués ultérieurement.
Dans les rues autour de la place, les passants s’arrêtent, regardent. Soupirent parfois. Difficile de ne pas sentir une lassitude diffuse.
Aïn El Fouara : un symbole sétifien encore visé
Ce nouvel épisode marque la quatrième atteinte recensée contre Aïn El Fouara, un chiffre qui pèse lourd pour les habitants de Sétif. Plus largement, il s’agit du septième acte de vandalisme en moins de dix ans contre la statue, installée là depuis la fin du XIXᵉ siècle.
La sculpture, réalisée en 1898 par le sculpteur français Francis de Saint-Vidal, représente une femme nue taillée dans le marbre. Elle trône au-dessus d’une source d’eau permanente, chaude en hiver, fraîche en été. Un détail que les anciens aiment rappeler. Et une légende tenace aussi : boire l’eau d’Aïn El Fouara, c’est revenir un jour à Sétif.
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Ces dernières années, pourtant, la statue a surtout fait parler d’elle pour de mauvaises raisons. En septembre dernier déjà, elle avait été endommagée. Plus tôt encore, en 2022, puis en 2018. À chaque fois, le même sentiment d’inachevé, malgré les restaurations successives.
Entre protection renforcée et débat jamais clos
Après plusieurs dégradations, des mesures ont été prises. Un grillage en fer forgé a été installé autour du monument. En clair, une tentative de protection. Mais sur le terrain, le dispositif n’a pas suffi à empêcher de nouveaux actes.
L’affaire a aussi relancé, ces dernières années, un débat sensible : faut-il déplacer la statue dans un musée ? L’ancien ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, originaire de Sétif, avait clairement écarté cette option. Sa successeure, Soraya Mouloudji, s’est dite pour sa part ouverte à la discussion.
Les partisans du déplacement avancent un argument récurrent, lié à la nudité de la statue et à son exposition en plein espace public. Une position portée par un courant conservateur, qui plaide pour un transfert vers un lieu clos. D’autres Algériens, au contraire, y voient une remise en cause inutile d’un héritage ancien, bien antérieur aux débats actuels.
Statue d’Aïn El Fouara : œuvre ancienne, histoire mouvementée
À l’origine, le site abritait une fontaine romaine. Le projet de reconstruction moderne a été lancé à la fin du XIXᵉ siècle, avec l’appui des autorités municipales de l’époque. Le socle et l’aménagement architectural ont été conçus localement, tandis que la statue, exposée un temps à Paris, a rejoint Sétif après un long voyage depuis le port de Skikda.
Depuis, l’œuvre a traversé les époques. Et les tensions aussi. Elle a été gravement endommagée en 1997, puis à plusieurs reprises après 2000. Chaque restauration a mobilisé des compétences locales, parfois dans l’urgence.
Ailleurs en Algérie, des cas similaires ont alimenté la controverse, notamment au Musée des antiquités de Cherchell, dans la ville de Cherchell, où certaines sculptures anciennes ont également été altérées.
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À Sétif, beaucoup restent attachés à Aïn El Fouara. Pour eux, sa place est là, au cœur de la ville, sur cette fontaine qui fait partie du paysage depuis plus de 120 ans. Et malgré les blessures répétées, le monument continue de concentrer une forme d’attachement collectif. Fragile, peut-être. Mais tenace.
