France : les céréaliers paient le prix fort de la crise avec l’Algérie

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Les producteurs de céréales français subissent les retombées économiques de la crise diplomatique avec l’Algérie © Unsplash - Algérie Zoom

La dégradation des relations franco-algériennes n’a pas seulement bouleversé la diplomatie. Cette crise entre l’Algérie et la France a directement fragilisé une filière agricole stratégique : les producteurs de céréales, longtemps soutenus par le marché algérien, se retrouvent aujourd’hui dans une situation économique critique.

Pendant des décennies, notre pays a constitué le premier client du blé français, absorbant entre 35 et 40 % des exportations de blé dur. Ce partenariat, vital pour les producteurs, garantissait des revenus réguliers et une stabilité commerciale. Mais la crise diplomatique crispant les rapports Algérie – France a changé la donne. Les tensions politiques alimentés par Paris ont entraîné une contraction brutale des échanges, privant les céréaliers de leur principal débouché.

Des pertes qui s’accumulent

Selon les données de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), les exploitations céréalières ont enregistré en 2025 leur troisième année consécutive de déficit. Le revenu courant avant impôt est tombé à -5 000 euros par ferme, après une perte de 6 800 euros en 2024. Le blé tendre, longtemps considéeré comme le « roi des céréales », ne génère plus de bénéfices. Cette chute constatée en France s’explique en partie par la perte du marché algérien, mais la crise avec l’Algérie ne représente pas l’unique facteur, car il existe aussi une conjoncture internationale défavorable.

La guerre en Ukraine avait provoqué une flambée des prix en 2022, jusqu’à 440 euros la tonne. Mais cet avantage a vite disparu. Les coûts des intrants, notamment des engrais azotés, ont explosé depuis 2020, doublant parfois en quelques années. Dans le même temps, le prix du blé tendre s’est effondré à 185 euros la tonne en janvier 2026, un seuil rarement atteint. La Russie, forte de récoltes abondantes et de prix compétitifs, a pris des parts de marché considérables, accentuant la pression sur les producteurs français.

Des récoltes fragilisées par le climat

Les difficultés ne viennent pas seulement des marchés. Les aléas climatiques ont pesé lourd sur les rendements. En 2024, la récolte de blé tendre n’a pas dépassé 26 millions de tonnes, le plus faible volume depuis quatre décennies. Depuis 2016, la barre des 30 millions de tonnes a été franchie à la baisse à trois reprises, signe d’une vulnérabilité croissante face aux conditions météorologiques.

Pour limiter les pertes, les producteurs ont réduit les surfaces consacrées aux céréales à paille, passées de 7,8 à 6,9 millions d’hectares en dix ans. Certains ont tenté de se tourner vers d’autres cultures, mais la baisse des prix mondiaux a également touché ces filières. La diversification n’a pas permis de compenser la perte du marché algérien.

Une crise avec l’Algérie à impact social en France

La crise avec l’Algérie n’est pas une abstraction diplomatique : on la voit se traduire par des exploitations déficitaires et une colère croissante dans les campagnes de France. En janvier 2026, des centaines d’agriculteurs ont convergé vers Paris avec leurs tracteurs pour manifester devant le Parlement. Derrière ce mouvement, une réalité simple : la fermeture du marché algérien a aggravé une situation déjà fragile, transformant une tension économique en crise sociale.

Pour finir, en durcissant ses relations avec Alger, Paris a en fait fragilisé une filière clé de son agriculture. Les céréaliers français paient aujourd’hui le prix fort d’une crise diplomatique qui s’ajoute aux vents contraires économiques et climatiques. Pour eux, la survie ne dépend plus seulement des récoltes, mais d’un rétablissement des relations commerciales avec l’Algérie.

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