France – Algérie : Ségolène Royal propose une sortie de crise
Ségolène Royal propose une approche en trois points pour apaiser les tensions entre la France et l’Algérie © Facebook Ségolène Royal - Algérie Zoom
Pour sa première apparition publique à la tête de l’Association France – Algérie (AFA), Ségolène Royal a posé les bases d’une méthode. Samedi, à Paris, l’ancienne ministre a détaillé un plan en trois axes pour tenter de dénouer la crise diplomatique entre Alger et Paris, ouverte depuis l’été 2024. Au cœur de sa démarche : la mémoire, encore et toujours.
La scène se déroule à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Le titre de la rencontre donne le ton : « Demain, la France et l’Algérie ». Un mois après avoir succédé à Arnaud Montebourg, Ségolène Royal s’exprime pour la première fois comme présidente de l’Association France – Algérie (AFA).
Face à un public composé d’universitaires, de militants associatifs et d’acteurs du dialogue franco-algérien, elle assume un constat frontal. Pour Ségolène Royal, la crise actuelle entre la France et l’Algérie ne se réglera ni par des communiqués ni par des rappels d’ambassadeurs. La racine du blocage reste ailleurs. Dans le passé.
Une prise de parole très attendue
Premier axe avancé : le règlement du contentieux mémoriel. Ségolène Royal ne contourne pas le sujet. Elle le place au centre. « Le problème, c’est la mémoire », affirme-t-elle d’emblée, avant d’ajouter que « certaines blessures, les crimes de la colonisation, n’ont pas été nommées totalement, ni réparées, ni excusées ».
L’ancienne candidate à la présidentielle de 2007 rejette au passage l’expression de « rente mémorielle », souvent utilisée à droite. « La mémoire des violences coloniales n’est pas un calcul, c’est un droit de reconnaissance de faits établis et documentés », insiste-t-elle.
France – Algérie : Ségolène Royal propose la restitution comme clé d’apaisement
Deuxième levier : la restitution des biens culturels, des archives et des dépouilles. Là encore, Ségolène Royal se montre directe. « Pour l’Algérie, il faut restituer, il faut tout rendre », lance-t-elle, évoquant objets, documents et restes humains conservés en France.
Elle cite le cas de l’Émir Abdelkader, figure majeure de la résistance algérienne du XIXᵉ siècle. Sa tente, son sabre, son fusil. Autant de pièces exposées au musée Condé de Chantilly. « Je voudrais que tous ces objets puissent être restitués », affirme-t-elle, en s’adressant directement à des responsables associatifs présents dans la salle.
Même approche concernant le canon Baba Merzoug, toujours à Brest. « Je vais voir cela avec le maire de Brest pour que ce soit fait dans les meilleurs délais », promet-elle.
Essais nucléaires : ouvrir les archives, réparer les sols
Troisième point, plus sensible encore : les essais nucléaires français dans le Sahara algérien. Ségolène Royal réclame la transmission complète des archives et une mise à jour des données sur les contaminations. « Il faut documenter toutes les conséquences et les conditions de la dépollution », souligne-t-elle.
Elle y voit aussi une opportunité concrète de coopération. Dépollution, transition énergétique, expertise environnementale. « Voilà un terrain où Français et Algériens peuvent travailler ensemble », estime-t-elle.
Rien n’indique que ces propositions suffiront à refermer la crise. Mais à Paris, samedi, un changement de ton s’est fait sentir. Plus politique. Plus assumé. Et, pour certains observateurs, peut-être enfin à la hauteur du contentieux.
