La France bloque 61 demandes algériennes pour récupérer l’argent détourné
61 demandes algériennes ignorées par Paris relancent le débat sur la coopération judiciaire - Algérie Zoom
Un chiffre qui interpelle. Et qui revient désormais dans le débat sur la coopération judiciaire entre Alger et Paris. Selon les données rendues publiques à l’issue du dernier Conseil des ministres, 61 commissions rogatoires adressées par l’Algérie à la France dans le cadre de la récupération de l’argent détourné n’ont reçu aucune suite. Un blocage total, alors même que d’autres partenaires européens ont répondu, au moins partiellement, aux sollicitations.
Le contraste apparaît d’autant plus marqué que la stratégie algérienne de récupération des avoirs à l’étranger repose précisément sur ce type de mécanisme juridique. Sur le terrain diplomatique, la situation donne l’image d’une coopération à géométrie variable. D’un côté, certains dossiers avancent. De l’autre, l’axe Paris-Alger reste figé, sans évolution visible.
Une coopération contrastée avec l’Europe
Les chiffres communiqués par la présidence de la République montrent une dynamique différente avec d’autres pays européens. La Suisse, par exemple, a accepté une partie des commissions rogatoires qui lui ont été adressées. Résultat concret : plusieurs dossiers ont été finalisés, permettant la récupération de plus de 110 millions de dollars. Une avancée tangible, qui illustre l’impact direct de la coopération judiciaire sur les résultats financiers.
L’Espagne figure également parmi les partenaires ayant collaboré. Sans que tous les détails soient rendus publics, un exemple reste marquant : le transfert à l’Algérie de la propriété d’un hôtel de luxe situé à Barcelone, lié à un homme d’affaires algérien incarcéré. Ce type de restitution, même ponctuelle, nourrit l’espoir d’une récupération progressive des actifs dispersés à l’étranger.
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Dans ce contexte, l’absence de réponse française tranche nettement. Difficile de ne pas y voir un signal politique, même si les autorités restent prudentes dans leur lecture. Sur le plan juridique, les mécanismes existent pourtant. Les accords bilatéraux de coopération judiciaire sont censés faciliter l’entraide et accélérer les procédures.
Argent détourné / Algérie-France : des tensions diplomatiques en arrière-plan
En théorie, les conventions internationales priment sur les législations nationales. Dans la pratique, la situation se complique dès que les relations politiques se crispent. Or, depuis deux ans, les relations entre Alger et Paris ont connu plusieurs périodes de tension, avec une suspension quasi totale de certains canaux de coopération.
Cette dégradation semble avoir affecté les dossiers sensibles, notamment ceux liés à la récupération des fonds détournés. Les commissions rogatoires, pourtant techniques, se retrouvent alors prises dans un contexte diplomatique plus large. Résultat : aucune réponse française, malgré les demandes répétées.
Face à cette situation, le principe de réciprocité commence à s’imposer dans les échanges judiciaires. Autrement dit, certaines requêtes françaises pourraient à leur tour se heurter à des refus. Une logique qui reflète l’état actuel des relations, sans pour autant fermer définitivement la porte à une reprise complète de la coopération.
Des dossiers sensibles qui compliquent l’entraide judiciaire
Au-delà de l’argent détourné, plusieurs affaires continuent d’alimenter les blocages entre l’Algérie et la France. L’extradition d’individus recherchés ou encore certains dossiers impliquant d’anciens responsables politiques constituent autant de points de friction. Les décisions prises au cas par cas renforcent l’impression d’un traitement sélectif.
Pour Alger, la récupération des avoirs détournés reste une priorité stratégique, à la fois économique et symbolique. Chaque dossier traité représente un signal envoyé à l’opinion publique. Mais sans coopération judiciaire fluide, les procédures s’allongent, parfois indéfiniment.
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Sur le terrain, cette situation laisse un sentiment d’attente. Les responsables évoquent une reprise progressive du dialogue, notamment dans les domaines sécuritaires. Reste à savoir si cette détente récente se traduira aussi par une relance concrète de la coopération judiciaire. Pour l’heure, les 61 demandes restées sans réponse continuent de peser dans l’équation.
