Procès au Maroc : ce que risque Raouf Belkacemi
L'influenceur algérien fait face à la justice marocaine, risquant de lourdes sanctions pénales suite à la diffusion de contenus jugés offensants sur les réseaux sociaux - Algérie Zoom
L’affaire prend une tournure judiciaire lourde pour ce qui n’était, à l’origine, qu’une séquence humoristique publiée sur les réseaux sociaux. Le créateur de contenus algérien Raouf Belkacemi se retrouve aujourd’hui en détention provisoire au Maroc. En toile de fond, une vidéo tournée dans un stade, une interprétation polémique et désormais un procès très suivi.
La scène se déroule au stade Moulay Hassan, lors du match Algérie – Congo à la CAN 2025. Sur les images, Raouf Belkacemi plaisante avec un ami. Il mime un moment de panique, parle de stress, de tension. Il tient une bouteille de limonade, joue avec l’exagération. Rien de plus.
Mais sur les réseaux, la vidéo ne passe pas. Une partie des internautes marocains y voit une offense, certains parlent même d’un manque de respect envers le pays hôte. La polémique enfle vite. Trop vite. Les autorités interviennent. Belkacemi se retrouve interpellé, puis brièvement relâché, avant une nouvelle arrestation quelques jours plus tard.
Une détention provisoire qui interroge
Lundi, la police marocaine interpelle de nouveau le créateur algérien. Cette fois, la justice décide de le placer en détention provisoire. Une décision que plusieurs observateurs jugent sévère, voire arbitraire.
Selon un rapport relayé par une ONG marocaine, le tribunal de première instance de Rabat a tenu une première audience avant de fixer la suite du procès au 19 janvier 2026. En attendant, Raouf Belkacemi reste derrière les barreaux.
Sur le terrain, les réactions ne tardent pas. Avocats, militants, internautes s’interrogent. Difficile, pour beaucoup, de comprendre comment une vidéo humoristique peut mener à une incarcération.
Les chefs d’accusation retenus
Le parquet marocain a retenu plusieurs qualifications pénales à l’encontre du supporter algérien. Des accusations lourdes sur le papier.
Il est notamment poursuivi pour atteinte publique à la pudeur, mais aussi pour propos contraires aux bonnes mœurs et à l’ordre public lors d’une manifestation sportive. Une autre infraction, liée à la dégradation d’équipements sportifs, figure également dans les textes évoqués, même si les faits filmés ne montrent aucun acte matériel de ce type.
C’est là que le dossier se fragilise. Sur les images, aucune dégradation. Aucun acte réel. Juste une mise en scène, assumée comme telle.
Raouf Belkacemi : quelles peines encourt-il réellement ?
Si la justice marocaine maintient ces chefs d’accusation, Raouf Belkacemi pourrait théoriquement faire face à plusieurs sanctions prévues par le code pénal :
- Pour atteinte à la pudeur : de 1 mois à 2 ans de prison, assortis d’une amende.
- Pour propos contraires aux bonnes mœurs lors d’événements sportifs : 3 mois à 1 an de prison, avec une amende plus élevée.
- Pour dégradation d’installations sportives : 2 à 6 mois de prison, selon la qualification retenue.
Des peines lourdes, surtout au regard du contenu réel de la vidéo.
Une affaire qui dépasse le cadre judiciaire
Depuis son arrestation, Belkacemi a tenu à clarifier les faits. Il l’a répété : aucune urine, aucune dégradation. Juste une boisson gazeuse utilisée comme accessoire, dans un registre humoristique.
Sur les réseaux, la mobilisation continue. Beaucoup dénoncent une criminalisation excessive d’un contenu léger, sans intention offensante. D’autres y voient un précédent inquiétant pour les créateurs de contenus étrangers.
L’affaire, désormais, ne se joue plus seulement au tribunal. Elle se joue aussi dans l’opinion. Et le verdict, quel qu’il soit, laissera des traces.
