Visas : les étudiants algériens pris pour cible en France

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Visas étudiants algériens France

Après une série d’attaques médiatiques ciblant la présence des étudiants algériens en France, le débat autour des visas a franchi un nouveau palier : celui du Parlement.

À l’Assemblée nationale, des députés de la droite et de l’extrême droite en France se sont emparés du dossier des visas étudiants délivrés aux Algériens pour en faire un levier politique contre l’Algérie, à coups d’accusations et de demandes d’expulsion immédiate une fois les études terminées.

Tout est parti d’un document publié récemment par l’ambassade de France à Alger. Il détaillait le nombre de visas délivrés aux étudiants algériens pour l’année universitaire 2025-2026 : 8 351 autorisations d’entrée, soit plus d’un millier de plus que l’année précédente. Cette hausse, pourtant modeste à l’échelle des échanges universitaires entre les deux pays, a suffi à rallumer la mèche d’un discours de suspicion.

Le premier à dégainer dans ce dossier des visas et séjour des étudiants algériens en France fut Michel Guiniot, député du Rassemblement national. Dans une question écrite adressée le 14 octobre au ministre de l’Intérieur, il parle d’un « niveau inquiétant » d’octroi de visas et dénonce une politique française « en totale contradiction avec l’appel du président Macron à la fermeté envers Alger ».

Il s’appuie sur un rapport de l’Observatoire des migrations et de la démographie selon lequel 61 % des étudiants algériens resteraient en France après la fin de leurs études. Une donnée que le député brandit comme preuve d’un « problème d’immigration déguisée ».

Guiniot ne s’est pas arrêté là : il a réclamé que le gouvernement expulse systématiquement les étudiants algériens à la fin de leurs cursus, estimant qu’ils ne doivent pas pouvoir rester sur le territoire « une fois la raison de leur séjour échue ». Une demande brutale, mais symptomatique d’une rhétorique politique de plus en plus assumée à l’approche des élections présidentielles de 2027.

Étudiants algériens en France : une macroniste s’en mêle

Quelques heures plus tard, une autre élue prenait le relais. Constance Le Grip, députée du groupe Ensemble pour la République, pourtant proche du camp présidentiel, adressait elle aussi une question écrite, cette fois au ministre des Affaires étrangères.

Elle se disait « étonnée » par l’augmentation du nombre de visas étudiants accordés aux Algériens, estimant que cela contredisait la ligne de fermeté prônée par Emmanuel Macron « dans un contexte de relations bilatérales dégradées ».Mais la députée est allée plus loin.

Elle a suggéré de lier l’octroi des visas étudiants au degré de coopération de l’Algérie dans les dossiers de réadmission, autrement dit dans le renvoi des ressortissants algériens en situation irrégulière. Une proposition que plusieurs observateurs n’ont pas hésité à qualifier d’instrumentalisation diplomatique, voire de chantage politique.

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Cette coïncidence dans le calendrier parlementaire – deux questions similaires, posées le même jour, par des élus issus de familles politiques différentes – intrigue. Pour nombre d’analystes, elle ne doit rien au hasard. Elle semble plutôt s’inscrire dans une stratégie réfléchie, où la question des étudiants sert de prétexte à un débat plus large sur l’immigration.

Ce glissement n’a rien d’innocent : il vise à faire d’un sujet universitaire un nouveau terrain de confrontation politique, en le présentant sous un angle sécuritaire ou démographique.

Derrière cette agitation parlementaire se dessine un message à peine voilé : les étudiants algériens ayant obtenu des visas et des titres de séjour en France ne seraient plus perçus comme de simples apprenants venus chercher un diplôme, mais comme des étrangers qu’il faudrait surveiller.

Une perception qui dénature complètement l’esprit des échanges académiques et fragilise l’image d’une République française ouverte au savoir et à la diversité.

Ce qu’en pensent les universitaires français

Des enseignants-chercheurs, contactés par la presse, s’inquiètent de cette dérive. « Ces étudiants contribuent à la recherche, paient leurs frais de scolarité et participent à la vie intellectuelle française.

Les traiter comme un risque, c’est absurde », confie un professeur de droit de la Sorbonne. D’autres redoutent que cette campagne n’alimente un climat de méfiance déjà perceptible dans certaines universités.

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Au-delà des chiffres sortis au sujet des visas pour la France accordés aux étudiants algériens, c’est donc une vision du lien franco-algérien qui se joue dans cette polémique. Une vision où l’échange culturel et académique, autrefois perçu comme un pont, devient un champ de bataille idéologique.

À deux ans de la présidentielle, la tentation est grande, pour certains élus, de transformer chaque dossier lié à l’Algérie en enjeu électoral.

Mais pendant que les députés s’écharpent sur les bancs du Palais-Bourbon, des milliers d’étudiants algériens continuent, dans les amphis et les bibliothèques de France, de préparer leurs diplômes et d’autres montent leurs dossiers de demande de visas. Ils représentent, à leur manière, une autre réalité : celle d’une jeunesse qui croit encore que le savoir vaut mieux que la méfiance.

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