Algérie : les visas limités freinent la demande en devises
La stabilité des devises en Algérie s’explique en partie par les limitations croissantes sur les visas internationaux © Pexels - Algérie Zoom
Depuis plusieurs semaines, le marché parallèle du change semble figé dans une étonnante stabilité. L’euro et le dollar, habituellement sujets à des variations rapides, évoluent désormais dans une fourchette étroite face au dinar algérien. Derrière cette accalmie, un facteur inattendu attire l’attention : les limitations imposées sur l’obtention des visas, qui pourraient avoir réduit la pression sur la demande de devises étrangères en Algérie.
Un marché noir en phase d’équilibre
Au square Port-Saïd d’Alger, référence informelle pour les cambistes, les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’euro s’échange ce vendredi 23 janvier à 279,50 dinars, soit à peine 0,5 dinar de plus qu’en début de semaine. Le dollar, lui, recule légèrement à 237,50 dinars, contre 238,50 dinars lundi. Ces mouvements minimes contrastent avec les hausses et baisses brutales observées en fin d’année 2025, lorsque les devises avaient connu des « montagnes russes » liées aux fêtes et aux importations.
Cette stabilité prolongée, amorcée dès la fin décembre, traduit un retour de l’équilibre entre l’offre et la demande. Les cambistes eux-mêmes constatent une baisse du volume des transactions, signe que les acheteurs se font plus rares.
Toutefois, malgré l’accalmie l’écart important avec les taux officiels demeure intacte.
Algérie : limitations sur les visas et demande sur les devises
Parmi les explications avancées par les acteurs et les observateurs du marché des devises en Algérie, la question des visas revient avec insistance. Depuis le 21 janvier, les États-Unis ont suspendu le traitement des visas d’immigration pour les Algériens, en même temps que pour 74 autres nationalités. Les visas de tourisme et d’affaires (B1 et B2) sont désormais conditionnés à une caution de 15.000 dollars, soit près de 3,6 millions de dinars au taux parallèle. Une exigence qui décourage une grande partie des candidats au voyage.
Cette mesure s’ajoute aux restrictions déjà en vigueur vers l’espace Schengen, où les refus de demandes se multiplient, notamment pour la France. Résultat : moins de projets de départ, donc moins de besoins en devises pour financer séjours, études ou affaires à l’étranger.
Turquie : un ralentissement administratif qui pèse aussi
La Turquie, destination privilégiée des Algériens, n’échappe pas à cette tendance. Le changement de prestataire chargé de la collecte des demandes de visas a provoqué un ralentissement notable. Mosaic Visa, nouvel opérateur, n’a pour l’instant ouvert qu’un bureau à Alger. Les délais s’allongent, les files d’attente se réduisent, et la demande en devises suit la même trajectoire.
Un effet combiné avec d’autres mesures
Les limitations sur les visas ne sont pas le seul facteur qui ralentit la demande sur les devises fortes en Algérie. L’interdiction des importations collectives de voitures d’occasion, décidée fin novembre, a également contribué à réduire la demande en devises. Moins d’opérations commerciales, moins de transferts de fonds, et donc une pression amoindrie sur l’euro et le dollar.
Vers une stabilité durable ?
Certains habitués du marché noir parlent d’un calme qui pourrait durer. Les mesures administratives et commerciales mises bout à bout semblent avoir freiné la demande en devises. Tant que voyager reste compliqué et que les importations sont freinées, les achats d’euros et de dollars ne devraient pas repartir. Sur le terrain, les cambistes décrivent une situation étrange : moins de clients, moins de mouvements, mais une stabilité qui rassure ceux qui vivent de ces échanges.
