Le marché noir des devises fermé aux Algériens de l’étranger

0
Marché devises noir

La nouvelle loi impose aux voyageurs de justifier leurs opérations de change à la sortie du territoire © Unsplash - Algérie Zoom

La Loi de finances 2026, entrée en vigueur le 1ᵉʳ janvier, marque un tournant dans la gestion des devises en Algérie et la lutte contre le marché noir. Pour la première fois, une disposition légale vise directement les pratiques de change des voyageurs non-résidents, en particulier les membres de la diaspora algérienne et les touristes étrangers.

Jusqu’ici, la réalité était connue de tous : à leur arrivée, ces voyageurs ramenaient des devises pour couvrir leurs dépenses et se tournaient massivement vers le marché noir, profitant d’un écart dépassant les 80 % avec le taux officiel. Ce circuit informel, toléré de fait, constituait une soupape pour les familles et un réflexe pour les visiteurs. Mais la nouvelle réglementation change radicalement la donne.

Une obligation de déclaration renforcée

L’article 129 de la Loi de finances 2026 modifie les dispositions de l’article 72 de la loi n° 15-18 de 2015. Désormais, tout voyageur doit déclarer aux services des douanes les montants dépassant 1.000 euros ou l’équivalent en devises, aussi bien à l’entrée qu’à la sortie du territoire. Cette obligation couvre non seulement les billets et pièces, mais aussi les moyens de paiement au porteur, les titres négociables et même les métaux précieux.

Cette mesure n’est pas nouvelle en soi, mais elle prend une dimension inédite avec l’exigence de justificatifs de change. À la sortie du pays, le voyageur non-résident devra prouver que les sommes déclarées à l’entrée ont été échangées dans le circuit officiel.

Le marché noir théoriquement inaccessible

Concrètement, cela signifie que tout recours au marché parallèle devient risqué. Un membre de la diaspora qui change ses devises hors du circuit bancaire ne pourra pas fournir de justificatif à la douane. En cas de contrôle, il s’expose à des sanctions prévues par la législation en vigueur.

Cette disposition verrouille donc l’accès au marché noir pour les Algériens de l’étranger et les touristes. Elle oblige à passer par les guichets officiels, même si le taux de change y reste nettement moins avantageux. Pour les autorités, l’objectif est clair : réduire l’écart entre les deux circuits et rapatrier les flux financiers vers les banques.

Une loi, pas une simple note

La nouveauté réside aussi dans la nature du texte. Ce n’est plus une instruction de la Banque d’Algérie, mais une loi votée par le Parlement et signée par le président de la République. Autrement dit, le cadre juridique est désormais solide et contraignant. Les contrevenants ne pourront plus invoquer l’ambiguïté ou le caractère provisoire des mesures.

Quelles conséquences pour la diaspora ?

Pour les Algériens établis à l’étranger, cette évolution représente un changement majeur. Habitués à utiliser le marché parallèle pour maximiser la valeur de leurs devises, ils devront dorénavant choisir entre se conformer au circuit officiel ou prendre le risque de sanctions. Les transferts familiaux, souvent effectués en liquide, se retrouveront directement affectés.

Les touristes étrangers, eux aussi, devront s’adapter. Le passage obligé par les banques ou bureaux de change officiels pourrait compliquer leur séjour, surtout dans les régions où ces services sont limités.

Une bataille contre l’informel

En verrouillant l’accès au marché noir des devises, la Loi de finances 2026 s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre l’économie informelle. Reste à savoir si cette mesure suffira à réduire l’écart entre les taux de change et à convaincre les voyageurs de délaisser le circuit parallèle.

Pour l’heure, une certitude : le marché parallèle, longtemps incontournable pour la diaspora, se révèle à présent placé sous la menace directe de la loi.

About The Author

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *