Anissa Boutaïba, première femme pilote algérienne, dévoile son histoire
Parcours pionnier d’Anissa Boutaïba, première femme pilote algérienne mise en lumière © Unsplash - Algérie Zoom
Longtemps restée discrète, Anissa Boutaïba, première femme pilote algérienne, revient aujourd’hui sur un parcours peu commun. À l’écran de la chaîne Al Arabiya, l’aviatrice évoque ses débuts, les hésitations, la solitude aussi, puis la suite d’une trajectoire qui l’a menée bien au-delà du cockpit. Une histoire qui s’inscrit dans les premières années de l’Algérie indépendante, lorsque tout restait à construire — y compris la place des femmes dans des métiers techniques.
Elle parle calmement. Sans emphase. Mais les images qu’elle décrit suffisent : une jeune fille qui lève les yeux vers le ciel, s’arrête, observe. Déjà, l’aviation l’attire. L’idée ne la quitte plus.
Une vocation née dans l’Algérie post-indépendance
Le contexte de l’époque n’offre pourtant que peu d’ouvertures. Les formations spécialisées commencent à peine à émerger. Malgré cela, Anissa Boutaïba s’insite dans une académie à Chéraga, près d’Alger. Elle y découvre les bases du pilotage, dans un environnement presque exclusivement masculin. Et rapidement, elle se démarque.
Elle obtient son brevet de pilote le 1ᵉʳ août 1965, un jalon important pour l’aviation nationale. Elle raconte avoir été la seule femme à franchir cette étape parmi les candidats de sa promotion. Le souvenir reste vif. Elle feuillette encore son carnet de vol, détaille les premières heures accumulées, les exercices, la rigueur exigée.
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Dans son récit, une idée revient : la solitude. D’autres candidates se sont présentées, explique-t-elle, mais beaucoup ont abandonné en cours de route, souvent face aux risques du métier. Le secteur reste intimidant, et les modèles féminins quasi inexistants. Elle avance donc seule, ou presque.
Sa singularité dépasse vite les frontières. Elle se souvient de félicitations venues de pilotes étrangers, surpris de voir une femme accéder à ce domaine. Une reconnaissance inattendue, mais révélatrice du contexte régional de l’époque.
Le premier vol en solo, moment décisif
L’épisode du premier vol seule reste central dans son témoignage. Le fameux “lâcher”, étape redoutée de toute formation. Elle s’en souvient encore : un bruit inhabituel, une inquiétude soudaine, et l’ombre d’un accident récent survenu à Constantine. L’hésitation s’installe.
Mais l’instructeur insiste. L’avion est vérifié. Elle décolle. Deux tours. Puis l’atterrissage. Mission accomplie.
Ce moment marque un basculement. La confiance s’installe, même si les doutes persistent, notamment au sein de son entourage. La famille s’inquiète. Les questions fusent : pourquoi l’aviation ? Et si quelque chose arrivait ? Avec le temps, l’acceptation l’emporte. Lentement. Sans discours officiel. Juste un constat : elle continue, et elle réussit.
Une carrière qui s’oriente vers l’administration aéronautique
Après deux années d’activité dans le pilotage, Anissa Boutaïba choisit une autre voie. Elle rejoint le ministère des Transports, puis la direction de l’aviation civile. Elle débute comme ingénieure d’application dans le domaine aéronautique. Là encore, elle évolue progressivement.
Fonctions techniques, responsabilités administratives, puis accès à des postes plus stratégiques. Son parcours la mène ensuite au sein de structures de la présidence de la République. Elle évoque notamment son passage au secrétariat lié au président Houari Boumédiène, puis au secrétariat des conseillers.
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En parallèle, certaines rencontres marquent son chemin. Elle cite la visite en Algérie de la cosmonaute soviétique Valentina Terechkova, venue encourager les initiatives féminines dans les secteurs scientifiques et techniques. Un moment qu’elle décrit comme motivant, sans en faire un symbole excessif. Juste un soutien de plus.
Aujourd’hui à la retraite, Anissa Boutaïba reste associée aux débuts de l’aviation nationale. Son parcours, entre cockpit et responsabilités administratives, témoigne d’une période où les repères étaient rares et les trajectoires improvisées. Elle n’en tire pas de conclusion grandiloquente. Elle raconte simplement. Et, à travers ses mots, on devine encore ce regard levé vers le ciel.
