Maduro enlevé : retombées sur le pétrole algérien selon un expert
L’enlèvement de Maduro relance les interrogations sur les équilibres du marché pétrolier © Pixabay - Algérie Zoom
L’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro par les forces américaines, dans la nuit du 3 janvier, ne constitue pas seulement un séisme politique en Amérique du Sud. Cet événement, assumé presque ouvertement par Donald Trump, pourrait bouleverser durablement l’équilibre du marché pétrolier mondial. Et pour le pétrole algérien, sur lequel reposent largement les recettes en devises de l’Algérie, il pourrait bien y avoir des conséquences selon l’avis d’un universitaire.
Dès le lundi matin, les marchés asiatiques ont réagi : le baril de Brent, référence pour le pétrole algérien, a reculé jusqu’à 60 dollars. Paradoxalement, cette chute intervient alors que l’on aurait pu s’attendre à une flambée des prix, comme souvent lors de crises géopolitiques majeures. Interrogé par le média en ligne TSA, l’économiste et professeur à l’université de Tizi-Ouzou Brahim Guendouzi explique que la prime de risque avait déjà été intégrée dans les cours au fil des menaces répétées de Washington contre Caracas.
Le marché mondial reste marqué par une offre surabondante relative, ce qui rend marginale la part de production du Venezuela, limitée à 900.000 barils/jour faute d’investissements.
Le Venezuela sous contrôle américain
Selon Guendouzi, l’impact le plus probable réside dans une relance de la production vénézuélienne, cette fois sous contrôle américain. Les majors pétrolières des États-Unis – ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips – pourraient injecter les capitaux nécessaires pour reconstruire l’infrastructure énergétique du pays. Résultat : une surproduction à moyen terme, qui risquerait de maintenir les cours sous la barre des 60 dollars.
Pour l’Algérie, chaque dollar perdu en dessous de ce seuil accentue le déficit budgétaire et réduit la capacité de l’État à financer ses dépenses publiques.
L’Algérie face à la double peine
Si l’OPEP devait réagir en réduisant les quotas de production pour absorber le surplus vénézuélien, l’Algérie se retrouverait dans une situation délicate :
- Réduire sa propre production dans le cadre de l’OPEP+, afin de stabiliser le marché.
- Subir la baisse des prix du brut, qui fragilise ses recettes en devises.
Cette double contrainte illustre la vulnérabilité structurelle du pays face aux soubresauts du marché pétrolier.
Une OPEP fragilisée par une alliance États-Unis – Venezuela ?
L’économiste évoque aussi un risque stratégique : une éventuelle alliance énergétique entre Washington et Caracas. Une telle configuration affaiblirait alors le pouvoir de négociation de l’OPEP et réduirait la cohésion du cartel. Pour l’Algérie, membre actif de l’organisation, cela signifierait une perte d’influence dans les discussions sur les quotas et sur la régulation du marché.
Vigilance et coordination au sein de l’OPEP+
Le 4 janvier, une réunion par visioconférence a rassemblé les ministres de l’Énergie du groupe des huit pays de l’OPEP+. L’Algérie était représentée par Mohamed Arkab, ministre des Hydrocarbures et des Mines, aux côtés du PDG de Sonatrach et du directeur d’Alnaft.
Le communiqué officiel insiste sur la nécessité d’une vigilance accrue et d’une coordination étroite pour préserver la stabilité du marché. Les discussions ont porté sur les perspectives à court terme, dans un contexte de demande modérée et d’incertitude économique mondiale.
Des prévisions peu rassurantes
Selon les projections de Goldman Sachs, le prix du brut pourrait se maintenir autour de 56 dollars en 2026, tandis que la production vénézuélienne resterait stable à 900.000 barils/jour. Pour l’Algérie, cela signifie des marges budgétaires encore plus réduites et une dépendance accrue aux ajustements décidés par l’OPEP+.
Entre risques et opportunités
Malgré ces inquiétudes, Guendouzi rappelle que l’Algérie entretient de bonnes relations avec les majors américaines, avec lesquelles plusieurs contrats ont été signés récemment pour développer l’amont pétrolier et gazier, y compris en offshore. Cette coopération pourrait atténuer certains effets négatifs, mais elle ne suffira pas à compenser une chute durable des cours.
Conclusion
L’enlèvement de Nicolas Maduro par les États-Unis ouvre donc une nouvelle ère géopolitique. Concernant le pétrole algérien, les retombées se traduisent par un risque de surproduction mondiale, une pression accrue sur les prix et une fragilisation du rôle de l’OPEP. Dans ce contexte, la stratégie nationale devra conjuguer vigilance, diversification et coopération internationale pour limiter l’impact d’un pétrole durablement sous les 60 dollars.
