Algérie : l’ARAV prévient les chaînes TV sur les audiences gonflées
L’ARAV met en garde les chaînes TV contre les audiences gonflées durant le Ramadan - Algérie Zoom
La question des audiences revient régulièrement sur la table pendant le mois de Ramadan, et pendant que les chaînes rivalisent de programmes, les annonceurs observent les chiffres. On voit alors les classements circuler partout sur les réseaux. Mais cette année, le ton se fait plus ferme.
L’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel, l’ARAV, a lancé un avertissement clair à l’ensemble des acteurs du secteur. Dans un communiqué rendu public aujourd’hui, elle met en garde contre certaines pratiques qui consistent à gonfler artificiellement les indicateurs d’audience et d’interaction sur les plateformes numériques.
Selon l’Autorité, ces procédés peuvent créer une image trompeuse de la popularité réelle de certains contenus ou de certaines chaînes.
Des chiffres d’audience parfois artificiellement amplifiés
Dans son communiqué, l’ARAV évoque notamment l’achat d’abonnés ou l’utilisation de réseaux automatisés connus sous le nom de « fermes de clics ». Ces systèmes permettent de multiplier vues, abonnements ou réactions en ligne.
Sur le papier, les chiffres explosent. En réalité, ils ne reflètent pas forcément l’intérêt réel du public.
À lire aussi | L’ARAV sanctionne Echorouk TV et menace de suspension
Pour l’Autorité, il s’agit là d’une manipulation technique susceptible de fausser les indicateurs utilisés par le marché publicitaire. Or ces données jouent un rôle central : elles orientent les investissements des annonceurs et influencent la valeur commerciale des espaces publicitaires.
Si les indicateurs deviennent peu fiables, le risque apparaît rapidement. Les décisions des annonceurs peuvent se baser sur des chiffres qui ne correspondent pas à l’audience réelle. À terme, cela peut perturber l’équilibre économique du secteur audiovisuel.
Classements et palmarès : prudence sur les « programmes les plus regardés »
Autre point soulevé par l’Autorité : la multiplication, ces dernières semaines, de classements et de listes présentant certaines émissions ou chaînes comme « les plus regardées ».
Ces palmarès circulent largement, surtout durant la période de forte audience du Ramadan. Le problème, explique l’ARAV, tient à l’absence d’un système national officiellement reconnu pour mesurer l’audience télévisuelle selon des critères scientifiques unifiés.
Dans ce contexte, les données diffusées ne peuvent pas être considérées comme des références fiables. Elles servent parfois, selon l’Autorité, à justifier une hausse des tarifs publicitaires ou à appuyer des arguments commerciaux auprès des annonceurs.
Audiences des chaînes TV : rappel des règles pour les opérateurs audiovisuels
L’ARAV rappelle par ailleurs que la réglementation encadre clairement la communication autour des audiences. L’article 41 du décret exécutif n°24-250 précise que l’annonce de taux d’audience ou d’écoute doit provenir d’organismes spécialisés et agréés.
La diffusion de données reposant sur des méthodes non reconnues peut donc être assimilée à une information trompeuse pour le public et pour les acteurs économiques.
Face à cette situation complexe liée aux audiences, l’Autorité appelle les chaînes de télévision, les agences publicitaires et les plateformes numériques à plus de responsabilité professionnelle. Transparence des chiffres, respect des règles du marché et prudence dans la communication commerciale : autant d’éléments jugés essentiels pour préserver la confiance.
À lire aussi | Algérie : l’ARAV met en demeure Echorouk TV
Et l’avertissement est clair. L’ARAV indique qu’elle n’hésitera pas à engager les mesures réglementaires nécessaires en cas d’infraction, que ce soit sur les antennes des chaînes ou sur leurs plateformes numériques.
Depuis le début du Ramadan, le débat autour de l’« inflation » des audiences agite discrètement le milieu audiovisuel. Dans les rédactions et chez certains professionnels du secteur, la question revient souvent. Comment mesurer réellement ce que regarde le public ?
Pour l’Autorité, une chose est sûre : la crédibilité du marché dépend de chiffres fiables. Et cela, dans un paysage médiatique de plus en plus numérique, devient un enjeu central.
