Euro – dinar algérien : une stabilité trompeuse au Square Port-Saïd

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Dinar algérien euro Square

Au marché noir, l’euro reste figé autour de 280 dinars, signe d’un équilibre fragile début 2026 © Unsplash - Algérie Zoom

Au Square Port-Saïd, l’euro s’affiche à un niveau élevé mais figé face au dinar algérien, révélant un marché parallèle qui cherche son souffle entre tensions passées et attentes incertaines.

Depuis le début janvier, le marché noir des devises en Algérie semble avoir retrouvé un semblant de calme. La monnaie européenne, longtemps ballotée entre envolées et chutes brutales, s’est figée autour de 280 dinars algériens, un niveau qui résiste depuis plusieurs jours. Mais derrière cette apparente stabilité du change euro – dinar algérien, les cambistes du Square Port-Saïd d’Alger restent prudents : rien ne garantit que le calme perdurera.

Fin novembre, l’euro avait franchi un record historique à 292 dinars, porté par une demande fébrile et des anticipations spéculatives. Puis, en décembre, la chute a été tout aussi brutale : l’interdiction de l’importation groupée des véhicules de moins de trois ans a refroidi le marché, provoquant un recul rapide de la devise européenne.

Ce 12 janvier 2026, le taux de change proposé par les cambistes – 281 dinars pour un euro à la vente et 278 dinars à l’achat – reste inchangé depuis jeudi. Ce niveau, bien qu’inférieur au pic de novembre, reste élevé par rapport aux moyennes de l’année précédente.

Une stabilité relative

Ce calme apparent ne traduit pas une régulation, mais plutôt un équilibre temporaire entre l’offre et la demande. Les restrictions sur l’allocation de voyage (limitée à 750 euros) continuent de freiner les sorties de devises, tandis que les besoins en euro pour les importations informelles ou les projets personnels restent constants.

Les cambistes interrogés sur place évoquent une « accalmie technique », liée à l’absence d’annonce gouvernementale majeure et à une demande contenue en ce début d’année. Mais tous s’accordent : le moindre signal politique ou économique pourrait relancer la volatilité.

Les taux appliqués sur le marché interbancaire

Loin du Square Port-Saïd, dans les cotations officielles de la Banque centrale, un euro vaut en dinar algérien 151,36 DZD. L’écart avec le marché parallèle dépasse ainsi 129 dinars, un fossé qui illustre la déconnexion entre les deux sphères.

Ce différentiel, loin d’être anecdotique, alimente les débats sur la réforme du système de change. Pour les particuliers, il représente une réalité concrète : le coût réel de l’euro est presque doublé lorsqu’il est acheté hors circuit bancaire.

Au-delà de l’euro et du dollar, les autres monnaies étrangères confirment elles aussi le décalage persistant entre les deux marchés.

Ce dimanche 12 janvier, les cambistes du Square Port-Saïd affichent les taux suivants :

  • Livre sterling (GBP) : 314 dinars à la vente, 310 à l’achat
  • Dollar canadien (CAD) : 172 dinars à la vente, 168 à l’achat
  • Franc suisse (CHF) : 299 dinars à la vente, 291,50 à l’achat

Ces valeurs, bien qu’en léger recul par rapport aux pics de fin 2025, restent nettement supérieures aux cotations officielles.

Du côté de la Banque d’Algérie, les taux interbancaires du jour sont les suivants :

  • Livre sterling (GBP) : 174,44 dinars
  • Dollar canadien (CAD) : 93,62 dinars
  • Franc suisse (CHF) : 162,26 dinars

L’écart est donc flagrant : près du double pour certaines devises, notamment la livre et le franc suisse. Ce différentiel, devenu structurel, reflète une réalité économique parallèle que ni les régulations ni les plafonds de change n’ont réussi à contenir.

Pour les particuliers, cela signifie que le coût réel d’une devise — celle utilisée pour voyager, importer ou épargner — reste largement tributaire du marché noir. Et tant que l’accès aux devises reste limité dans les circuits officiels, le Square continue de dicter ses propres règles.

Et après ?

La question reste ouverte : cette stabilité est-elle le signe d’un nouveau palier ou simplement une pause avant une nouvelle vague ? Les prochains jours, marqués par des annonces fiscales et douanières attendues, pourraient rebattre les cartes.

En attendant, l’euro reste cher, mais stable, et les cambistes du Square gardent l’œil sur les écrans, prêts à ajuster leurs prix en dinar algérien au moindre frémissement.

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