Algérie : découverte inédite d’un fossile de plésiosaure
Première découverte de plésiosaure en Algérie, révélée par l’équipe du Dr Naimi © Algérie Zoom
Et pourtant, tout part d’un fragment. Une seule vertèbre. Discrète, isolée, mais suffisamment parlante pour ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire géologique algérienne. En janvier 2026, la Faculté des sciences de la Terre de l’Université des Sciences et de la Technologie Houari Boumediene (USTHB) a rendu publique une découverte sans précédent : les premières traces avérées de reptiles marins du type plésiosaure jamais identifiées en Algérie.
Le travail est porté par le Dr Mohammed Nadir Naimi, maître de conférences à l’USTHB, entouré d’une équipe de chercheurs algériens et internationaux. Sur le terrain, dans les reliefs de Tébessa, ce sont des roches vieilles de plus de 86 millions d’années qui ont livré l’indice. Une avancée discrète en apparence, mais lourde de conséquences scientifiques.
Une vertèbre de plésiosaure retrouvée en Algérie change la carte paléontologique
La pièce étudiée est une vertèbre dorsale unique, extraite des formations géologiques du Coniacien supérieur, une période encore mal documentée à l’échelle mondiale pour les reptiles marins. Les analyses morphologiques ont permis de l’attribuer à l’ordre des Plesiosauria, avec une forte probabilité d’appartenance à la famille des Elasmosauridae, des animaux marins reconnaissables à leur long cou et à leur petite tête.
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Le contexte géologique est déterminant. La vertèbre était associée à toute une microfaune marine : bivalves, ammonites, ostracodes, échinoïdes. Autrement dit, un environnement lagunaire côtier, calme, à salinité marine normale. Rien d’anecdotique. Sur place, les chercheurs décrivent un dépôt cohérent, stratigraphiquement bien contraint, loin d’une trouvaille isolée ou accidentelle.
Difficile de ne pas y voir un signal fort : jusqu’ici, aucun plésiosaure n’avait été signalé ni en Algérie, ni en Afrique du Nord pour cet intervalle précis du Crétacé. La lacune était connue. Elle est désormais comblée.
Une approche scientifique prudente, assumée
Attribuer un taxon à partir d’un seul os reste un exercice délicat. Le Dr Naimi le rappelle sans détour. Pas de précipitation, pas de baptême prématuré. L’équipe a choisi une méthode rigoureuse : description détaillée, comparaisons avec des spécimens déjà publiés, discussion des alternatives possibles.
Certaines hypothèses ont été écartées. L’âge du fossile exclut les Brachaucheniinae, absents après le Turonien. Les caractéristiques morphologiques ne correspondent pas non plus aux Polycotylidae, pourtant présents au Coniacien ailleurs dans le monde. Restait une option crédible : les Elasmosauridae.
Cette prudence scientifique, loin de limiter la portée de la découverte, en renforce la solidité. Il s’agit d’un rapport préliminaire, publié pour documenter une occurrence inédite et enrichir le registre paléobiogéographique mondial des reptiles marins.
Les résultats ont été relayés par la revue internationale Historical Biology (éditeur Taylor & Francis), puis largement repris par la presse scientifique spécialisée, notamment par Phys.org.
Tébessa, nouveau point d’intérêt pour la recherche
Sur le terrain, la découverte a déjà des effets concrets. De nouvelles campagnes de prospection sont programmées dans la région de Tébessa, en particulier autour de la Formation d’Essen. L’objectif est double : retrouver d’éventuels éléments squelettiques associés et mieux cartographier les niveaux les plus riches en fossiles.
L’Algérie n’en est pas à ses premières découvertes paléontologiques. Dinosaures, crocodiliens, tortues ou ptérosaures ont déjà été mis au jour dans les dépôts crétacés du Sahara et de l’Atlas saharien. Mais l’absence de plésiosaures demeurait une énigme. Elle ne l’est plus.
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Le parcours du Dr Mohammed Nadir Naimi illustre cette dynamique. Docteur en ichnologie et géologie sédimentaire, auteur de 58 publications scientifiques, il s’intéresse depuis plusieurs années aux dépôts marins jurassiques ainsi qu’aux crétacés du nord de l’Algérie. Son profil, consultable sur ResearchGate, témoigne d’une activité soutenue et reconnue.
En clair, cette vertèbre de plésiosaure découverte en Algérie n’est pas qu’un fossile de plus. Elle repositionne le pays sur la carte des grandes recherches paléontologiques du Crétacé. Et ouvre, doucement mais sûrement, de nouvelles pistes pour comprendre l’histoire ancienne de la Téthys et des mers qui recouvraient autrefois le territoire. Rien de spectaculaire à l’œil nu. Mais scientifiquement, le pas est immense.
