France – Algérie : les 4 leçons cinglantes de Dominique de Villepin à Retailleau

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Bruno Retailleau rejette sur l’Algérie la faute de l’attaque au couteau survenue à Mulhouse en France et promet une riposte forte, ce qui a poussé Dominique de Villepin à recadrer le ministre de l’Intérieur en faisant de la « pédagogie ».

Le ministre de l’Intérieur français, Bruno Retailleau, reçoit en effet un ensemble d’enseignements « indispensables » de la part de Dominique de Villepin, au sujet de la crise entre la France et l’Algérie. 

Dans un entretien à BFMTV, l’ancien chef de la diplomatie française, sous Jacques Chirac, a passé en revue les anomalies du gouvernement de François Bayrou en matière de traitement du dossier algérien.

L’homme politique à la riche carrière au sein de l’appareil d’État français a souligné qu’il y avait des soucis graves à régler avec l’Algérie. Selon lui, pour ce faire, il faudra trouver un terrain d’entente qui permettrait de revenir à un point d’équilibre.

Aux yeux de Dominique de Villepin, l’attitude actuelle de la France, portée principalement par son ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, ne fait qu’envenimer la situation déjà extrêmement tendue avec l’Algérie.

Pour lui, la position française suit une trajectoire contre-productive. Afin de changer cela, de Villepin pointe du doigt quatre réalités à changer, et elles concernent directement le premier flic de France, en l’occurrence Bruno Retailleau.

1. Le rapport de force 

S’appuyant sur sa forte expérience diplomatique, Dominique de Villepin assure que le rapport de force ne sert strictement à rien, surtout avec un pays comme l’Algérie, où le sentiment national, note l’ex-Premier ministre, connaît un enracinement profond. 

L’intervenant évoque aussi le passé douloureux entre les deux pays qui, de son point de vue, complique tout recours à un pouvoir de contrainte.

Concernant toujours l’inutilité de l’engagement d’un bras de fer, l’orateur souligne que la France ainsi que d’autres nations européennes l’ont déjà essayé, et cela n’a à chaque fois aidé qu’à empirer les choses.

2. La chaîne des responsabilités 

Mélanger la politique intérieure et la politique étrangère ne mène qu’à une impasse en appliquant une politique de la terre brûlée, estime de Villepin en laissant comprendre que le rôle de Retailleau n’est que de constater les problèmes et d’envisager les solutions. 

Selon Dominique de Villepin, lorsque celles-ci impliquent une dimension diplomatique, le ministre de l’Intérieur devrait simplement interpeller, via ses services, les parties habilitées à faire de la politique étrangère.

Selon lui, cette dernière relève du seul ressort du ministère des Affaires étrangères et de la Présidence de la République. Ainsi, en dehors de l’Élysée et du Quai d’Orsay, personne au sein du gouvernement en France n’est censé faire de la diplomatie.

3. Le tapage médiatique 

En analysant la façon de faire de la France avec l’Algérie, incarnée par la méthode brutale de Bruno Retailleau, Dominique de Villepin paraît convaincu que la France ne réussirait pas à faire pression sur l’Algérie par le biais de sorties médiatiques enflammées.

Alors, en réponse à la déclaration de Retailleau sur le JT de 20h de TF1, dans laquelle le ministre en exercice a prétendu avoir interpellé l’Algérie à 10 reprises pour accepter l’expulsion de l’auteur de l’attaque de Mulhouse, de Villepin a souligné que lorsqu’on est un responsable en fonction, on ne fait pas de la politique sur les plateaux télé.

4. La raison et la logique du résultat 

La surenchère politique ne ferait pas fléchir les Algériens, selon l’ancien diplomate français, au contraire, elle les conforterait dans leur positionnement en ajoutant de l’huile sur le feu. 

Dominique de Villepin, toujours en traitant de la crise entre la France et l’Algérie ainsi que des faux pas successifs de Bruno Retailleau, a également tenu à dire que la responsabilité politique exige de la sagesse.

Passer d’une tribune médiatique à une autre en quête de sensationnalisme pourrait bien arranger les journalistes courant derrière les audiences, sous-entend de Villepin, mais pas la politique étrangère française.

Pour illustrer son propos, il rappelle l’épisode jugé par beaucoup comme le plus glorieux de la diplomatie de la France, à savoir l’opposition française à la guerre d’Irak en 2003. 

De Villepin défie quiconque de trouver une séquence des archives où lui ou un autre responsable de l’époque prend à partie Coline Powell ou les États-Unis

Cela n’aurait servi à rien, selon l’ancien diplomate. Conformément à sa vision, c’est le résultat qui compte et non pas le degré de bruit qu’on parvient à atteindre.

Enfin, une question se pose, Bruno Retailleau méditera-t-il sérieusement les propositions de Dominique de Villepin, ou va-t-il s’épargner la peine de la réflexion et continuer d’avancer, tête baissée, dans exactement la même direction qui est la sienne ?

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