UE : Sonatrach, grand favori face au GNL américain

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Sonatrach GNL

L’UE envisage Sonatrach pour réduire sa dépendance au gaz américain © Unsplash - Algérie Zoom

Bruxelles redécouvre Alger. Dans un climat de tensions croissantes avec Washington, l’Union européenne semble prête à réévaluer ses choix énergétiques. Les déclarations du commissaire européen à l’énergie, Dan Jørgensen, ont marqué un tournant : les menaces du président américain Donald Trump autour du Groenland ont été perçues comme un signal d’alarme, poussant les Vingt-Sept à chercher des alternatives au gaz naturel liquéfié (GNL) américain, à la tête desquelles figure Sonatrach.

Une dépendance américaine devenue encombrante

En l’espace de cinq ans, les États-Unis sont passés de fournisseur marginal à acteur central du marché européen, couvrant désormais plus d’un quart de la consommation de gaz du continent. Cette progression fulgurante s’explique par l’embargo sur le gaz russe, mais elle a aussi créé une nouvelle dépendance. Les Européens se retrouvent exposés aux aléas du marché américain : prix élevés, distances de transport, tempêtes atlantiques et pics de consommation intérieure qui réduisent les volumes exportés.

L’Algérie, un partenaire fiable mais sous‑exploité

Face à ces incertitudes, l’Algérie apparaît comme une option stratégique. Sonatrach, géant public des hydrocarbures, dispose d’infrastructures solides et d’une réputation de fournisseur de GNL respectueux de ses engagements. Lors de la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine, Alger avait assuré ses livraisons sans céder aux logiques de chantage politique. Pourtant, cette fiabilité n’a pas été pleinement valorisée : seules l’Italie et l’Espagne ont significativement augmenté leurs importations, tandis que le reste du continent privilégiait le GNL américain.

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Diversification ou simple substitution ?

Le commissaire Jørgensen a reconnu un risque majeur : remplacer une dépendance par une autre, rapporte Politico. L’Union européenne veut éviter de reproduire le schéma qui l’a piégée avec Moscou, puis avec Washington. C’est pourquoi Bruxelles explore plusieurs pistes : renforcer ses liens avec le Canada, le Qatar, mais aussi avec les pays du Maghreb. Dans cette équation, l’Algérie se distingue par sa proximité géographique, ses capacités de production et ses liaisons gazières déjà opérationnelles vers l’Europe.

Exporter le GNL vers l’UE : les atouts stratégiques de Sonatrach

  • Proximité géographique : des pipelines reliant directement l’Algérie à l’Espagne et à l’Italie.
  • Fiabilité contractuelle : un historique d’approvisionnement régulier, même en période de crise.
  • Compétitivité des prix : des coûts de transport réduits par rapport au GNL américain.
  • Capacité d’adaptation : projets d’extension et investissements dans les infrastructures pour répondre à une demande croissante.

L’Europe face à ses contradictions

La question reste entière : l’Union saura‑t‑elle privilégier une logique pragmatique, fondée sur la sécurité énergétique et la compétitivité, ou cédera‑t‑elle encore aux pressions politiques venues de Washington ? Les précédents montrent une tendance à privilégier l’allié américain, même au détriment de ses propres intérêts économiques. Mais la multiplication des crises – Ukraine, Groenland, tensions transatlantiques – pourrait pousser Bruxelles à revoir sa copie.

Sonatrach s’impose aujourd’hui comme un candidat sérieux pour occuper la place laissée vacante par le gaz russe et concurrencer le GNL provenant des États-Unis. L’Algérie offre à l’Europe une solution réaliste, moins coûteuse et plus sûre. Reste à savoir si le vieux continent saura enfin tirer les leçons du passé et miser sur un partenariat durable avec Alger, ou s’il continuera à naviguer au gré des pressions politiques et des calculs à court terme.

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